Luminitza C. Tigirlas : la blague à part

(article signé par le critique littéraire Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrivains et auteurs Luminitza C. Tigirlas

Thèmes Essai littérairejean-paul gavard-perret 03/05/2019 CommenterEcrire une critique

Deuxième élément d’une trilogie à venir, et entre Rilke et Marina Tsvetaeva, Luminitza C. Tigirlas permet le connaissance du poète roumain Lucian Blaga (1895 – 1961). Par delà l’auteur et à travers les lectures de Lacan, Yourcenar, Claudel, Kierkegaard, Sophocle, elle reprend en praticienne et poétesse le concept de « personance » de Blaga qu’elle rapproche en son parlêtre de « lalangue » lacanienne, sa forgerie voire le force-rire des mots. L’auteure permet de dépasser ce qu’ils disent en énonçant – au delà de la machinerie de la conscience – l’étourdissement de l’inconscient.

Le livre devient celui des lallations orgasmiques qui échappent au pur scripteur et à l’inter-locutrice. Elle convoque à dessein ce qui dans le langage déraille et trouble dans un égarement face aux voies tracées et lactées. Le mouvement pulsionnel visite ainsi le logos et L-C Tigirlas nous fait guide parmi les fantômes et les débris des discours.

Dans ce concert, la ballade de Blaga est moins une blague à part qu’une manière de faire entendre ce que l’auteure nomme « la non-voix » dont l’amplitude perce néanmoins le silence.
En un tel concert, le personnage de Bogoumil tire la queue autant à dieu qu’au diable, au mal qu’à la perfection. D’où cette relecture du sacré en préface à celle de Mircea Eliade. Halte au Séraphin comme au Malin dans l’épiphanie d’une mystère et le refus d’un master là où il existe en quelque sorte ni dieu ni maître.

Le texte produit un renversement des mythes acquis, par une voix rare. Elle refuse de singer l’ange ou la bête pour s’adresser à l’autre. Face aux dix et dits des Commandements s’instaure ce qui échappe à la religion des hommes, des états et des dieux qu’ils ont créés « face au vide qui s’apprêtent à les engloutir et qu’ils ne peuvent accepter. » L’auteure ré-insuffle la complainte de l’Auteur Anonyme face au Maître Manole de Blaga et sa ballade roumaine. Celui-là emmure son amoureuse pour faire durer le monastère qu’il construit et qui autrement s’effondre dans ce qui devient une belle torsion de l’esprit saint.

A sa manière Luminitza C. Tigirlas condamne l’idée de drame d’amour comme la notion de péché et celle de la peur pour une traversée au delà des eaux sur lesquelles Charon et Noé ont navigué. D’où la transformation des histoires d’Eau en une histoire d’O inédite. Cette nouvelle « étendue » fait retour – plus qu’à la vie et la mort – à un au delà du langage, à un verbe premier et matriciel que n’aurait pas renié Artaud en ses glossolalies. Celui de l’amour que le silence comme un certain langage emmure. Reste ici ce que Lacan entend dans « le jeu de lettres RSI » – à savoir l’hérésie nécessaire à la confirmation du l’autre en lieu et place de son silence et de la seule affirmation du même.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/luminitza-c-tigirlas/review/1948871-luminitza-c-tigirlas-la-blague-a-part

Luminitza C. Tigirlas, Avec Lucian Blaga, poète de l’autre mémoire, coll. Portraits littéraires, éditions du Cygne, avril 2019, 110 p.-, 13 €jean-paul gavard-perret 03/05/2019 CommenterEcrire une critique

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