Note de lecture de Maryse Staiber sur mon « Noyer au rêve » dans la Revue Alsacienne de littérature N° 129

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Mes vifs remerciements à la poétesse Maryse Staiber pour sa lecture généreuse de mon recueil de poésie « Noyer au rêve ».

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Les neuf LANGUES dicibles de Christine Durif-Bruckert

 

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« Langues », le premier recueil de poésie de Christine Durif-Bruckert qui inaugure en 2018 la nouvelle collection « éclipses » de Jacques André Éditeur donne envie de saluer sa parution.

Illustré par des croquis de Raoul Bruckert, peintures de Jean Imhoff et calligraphies de Sim Poumet, ce beau livre se décline en neuf parties. Ce sont, dirais-je, autant de langues de ces corps qui avec l’auteure « se nouent à la chair du monde » et dont « les paroles s’agenouillent dans une solitude agitée, vers de très brèves consolations ». Dans la traversée de l’agonie par le corps, la poétesse lance les mots en cerceaux de feu qu’elle nomme tour à tour :

— RÉVOLTES

— CHUTE

— ORIGINES

— COURBES

— AMOUR

— STATUE

— INTÉRIORITÉS

— DEVENIR

— RESTES…

La chair des poèmes découvre l’univers de ce corps qui « s’égare en nos ombres et rêveries », son intimité est chaude et parfois brûlante dans les « jeux de langues à peine audibles », le mouvement poétique anime des substrats archaïques et les bords d’un réel en métamorphoses.  

Tendons l’oreille à la musique rythmée par un mystère inquiet de Christine Durif-Bruckert : « Des imitations silencieuses ne parvenaient qu’à peine à faire siennes le fardeau du destin. L’environnement se transformait en un pavillon de bêtes éléphantesques, puis retombait dans le registre de l’impalpable. Elle se sentait livrée à des habeaux rutilants de sons perdus, saisis pourtant dans une insistante cacophonie. Les dés d’un jeu perdu d’avance roulaient sur le tapis vert du désarroi jusqu’aux pièges installés, fixés comme autant de signes d’une emprise sournoise. Ces moments creusaient le vide, élargissaient de façon irrémédiable la fendille du corps. » (p.73)

Dans le corps textuel de son écriture, « Les sons entonnés à plusieurs deviennent des cantates. / Dedans, il y a de nombreux passants / qui se sont perdus. / Disparus avant que d’avoir pris forme. » (p. 95) et la poétesse en a la nostalgie, elle s’emploie à détourner les mots pour faire revivre ces fantômes du manque.

 Lisons-là : Christine Durif-Bruckert, « Langues », Jacques André Éditeur, 2018.

 

Luminitza C. Tigirlas, le 4 juillet 2018.